Il faut reconnaître à la Présidence française son volontarisme et sa pugnacité pour aboutir à un accord des 27 Etats membres de l'Union Européenne sur le Paquet Climat Energie dans un contexte historique de crise financière et économique internationale.
Pour Corinne Lepage, présidente de CAP21 et vice-présidente du MODEM, si l'on peut se féliciter de la portée symbolique de l'accord autour de l'objectif des "3x20" à l'horizon 2020 (20% de diminution des consommations d'énergie, 20 % de part d'énergies renouvelables, 20 % de réduction des gaz à effet de serre) et du signal envoyé au reste du Monde, il faut toutefois observer que les moyens pour y parvenir souffrent de nombreux compromis.
C'est ainsi que les dérogations accordées réduisent le niveau d'effort d'un certain nombre d'Etats et de leurs industries. Il en va ainsi des allocations gratuites et mises aux enchères progressives des quotas de CO2 accordées aux industries énergivores de l'Allemagnes ou aux centrales électriques au charbon des Pays de l'Est. Le lobby industriel a donc largement réduit les contraintes jouant de la récession pour obtenir ces aménagements. Les revenus qui auraient pu être générés par le marché de quotas ne seront pas mobilisables pour aider les pays en voie de développement à s'adapter au changement climatique.
Il est par ailleurs regrettable que l'on ait autorisé les Etats à recourir plus largement aux mécanismes de développement propre (MDP) qui permettent d'acquérir des droits de polluer en développant des projets propres dans les pays pauvres plutôt que de mener de coûteux efforts de réduction des émissions à l'intérieur des frontières nationales (pour les secteurs hors marché de quotas comme l'agriculture, le transport, le bâtiment).
Pour Eric Delhaye, président délégué de CAP21 et membre du bureau national du Modem, la mise aux enchères très progressive des quotas et les dérogations accordées à de nombreux secteurs d'activités retarderont les investissements vers des technologies plus propres alors que le coût du carbone devrait être prise en compte intégralement dans les décisions d'investissement pour préparer efficacement la transition vers une économie décarbonée.
Par ailleurs, l'objectif de 20 % d'énergies renouvelables se traduit dans le domaine des transports par l'incorporation de 10 % d'agrocarburants d'ici 2020. La production de ces carburants d'origine végétale doit être plus strictement encadrée par l'Union Européenne en faisant l'objet d'un bilan écologique et social afin de ne pas menacer la souveraineté alimentaire de certains pays du Sud ou encourager la déforestation et la perte de biodiversité dans certaines régions du Monde.
